Le plafond de verre dans la culture – 3 chiffres (et ce qu’on peut changer)
# Le plafond de verre dans la culture – 3 chiffres et ce qu’on peut changer
On connaît l’expression : **le plafond de verre**. Cette barrière invisible qui empêche certaines personnes — souvent les femmes — d’accéder aux mêmes places, à la même reconnaissance, aux mêmes budgets, aux mêmes récits. Dans la culture, il ne se voit pas toujours au premier coup d’œil. Les musées sont ouverts à toutes et tous, les bibliothèques débordent de livres, les plateformes proposent des milliers de films… Alors, où est le problème ?
Il suffit parfois de compter.
Compter qui expose. Qui réalise. Qui est étudié. Qui vend. Qui dirige. Qui signe. Et là, la magie des chiffres opère : elle rend visible ce que l’habitude avait rendu normal.
Voici donc **3 chiffres pour comprendre le plafond de verre dans la culture** — et surtout, pour se demander joyeusement : que peut-on changer ?
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## 1. Dans les grands musées, près de 87 % des artistes représentés sont des hommes
Une étude publiée en 2019 sur les collections de grands musées américains montrait que **près de 87 % des artistes présents dans ces collections étaient des hommes**. Ce chiffre n’est pas qu’une statistique froide : il raconte une histoire de portes fermées, d’ateliers interdits, d’académies réservées, de signatures oubliées.
Prenons **Artemisia Gentileschi**, peintre italienne du XVIIᵉ siècle. Elle fut célébrée de son vivant, reçue à l’Académie du dessin de Florence — un exploit pour une femme de son époque — puis largement effacée des grands récits de l’histoire de l’art. Aujourd’hui, ses Judith puissantes, ses héroïnes au regard déterminé, reviennent sur les cimaises. Non pas parce qu’on les “redécouvre” par gentillesse, mais parce qu’elles ont toujours été là : c’est notre regard qui était en retard.
Même chose pour **Hilma af Klint**, artiste suédoise qui peint des œuvres abstraites dès 1906, avant Kandinsky. Pendant longtemps, l’histoire officielle a raconté l’abstraction comme une aventure masculine. Puis les archives ont parlé. Et surprise : une pionnière portait des jupes longues et dialoguait avec l’invisible.
**Ce qu’on peut changer :** programmer autrement. Les musées peuvent rééquilibrer leurs acquisitions, leurs expositions temporaires, leurs cartels. Les écoles peuvent enseigner autrement : non pas “ajouter deux femmes” en fin de chapitre, mais reprendre toute la carte.
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## 2. Au cinéma, les femmes réalisatrices restent minoritaires : autour de 12 % dans le haut du box-office américain en 2023
Selon les études annuelles de l’USC Annenberg Inclusion Initiative, les femmes représentaient environ **12 % des réalisateurs des 100 plus gros succès du box-office américain en 2023**. Autrement dit, dans l’imaginaire mondial fabriqué par les grands écrans, la caméra reste majoritairement tenue par des hommes.
Pourtant, l’histoire du cinéma commence aussi avec une femme : **Alice Guy**. Française, née en 1873, elle est considérée comme l’une des toutes premières personnes à avoir réalisé un film de fiction. Pas “une des premières femmes” : une des premières personnes, tout court. Elle dirige des centaines de films, fonde un studio aux États-Unis, expérimente les effets spéciaux, le son synchronisé, la narration. Puis son nom disparaît presque des manuels.
Pourquoi cette disparition ? Parce que la postérité n’est pas une machine neutre. Elle trie, elle oublie, elle privilégie ceux qui possèdent les studios, les archives, les réseaux, les critiques.
**Ce qu’on peut changer :** compter les réalisatrices dans les programmations, financer leurs projets, rendre visibles leurs films. Et côté spectateurs ? On peut choisir, recommander, organiser des soirées “Alice Guy”, “Agnès Varda”, “Chantal Akerman”, “Céline Sciamma”, “Mati Diop”. Le goût se forme aussi par curiosité.
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## 3. Sur le marché de l’art, les œuvres de femmes représentent environ 2 % des ventes aux enchères mondiales
Ce chiffre est vertigineux : selon plusieurs analyses du marché de l’art, les œuvres réalisées par des femmes ont pesé environ **2 % du total des ventes aux enchères mondiales** sur une décennie récente. Deux pour cent. Comme si la valeur artistique avait un genre.
On pourrait sourire amèrement : les femmes créent, mais les hommes cotent. Les femmes innovent, mais les hommes s’arrachent les records. Bien sûr, quelques noms émergent : **Frida Kahlo**, **Yayoi Kusama**, **Louise Bourgeois**, **Georgia O’Keeffe**. Mais leur célébrité ne doit pas masquer l’immense déséquilibre général.
Et ce plafond ne concerne pas seulement les artistes. Il touche aussi les cheffes d’orchestre, les compositrices, les autrices, les photographes, les scientifiques dont les travaux nourrissent la culture commune. On pense à **Rosalind Franklin**, dont les images furent essentielles pour comprendre la structure de l’ADN, ou à **Lise Meitner**, physicienne majeure de la fission nucléaire, longtemps minorée dans les récits officiels. Là encore, la question est simple : qui signe l’histoire ?
**Ce qu’on peut changer :** acheter, lire, écouter, citer des femmes. Les bibliothèques peuvent mettre en avant des autrices oubliées. Les festivals peuvent équilibrer leurs affiches. Les médias peuvent interroger autant d’expertes que d’experts. Et nous, à notre échelle, pouvons élargir nos étagères.
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## Le plafond de verre n’est pas une fatalité
La culture n’est pas un musée poussiéreux : c’est une conversation vivante. Chaque exposition, chaque programme scolaire, chaque prix littéraire, chaque playlist ajoute une phrase à cette conversation.
Alors posons la question comme un jeu sérieux : **qui manque à l’appel ?** Quelle peintre n’avons-nous jamais vue ? Quelle compositrice n’avons-nous jamais entendue ? Quelle inventrice n’a pas eu sa statue ? Quelle réalisatrice attend encore sa séance du dimanche soir ?
Redécouvrir les femmes qui ont marqué l’histoire, les arts et les sciences, ce n’est pas corriger le passé par politesse. C’est enrichir le présent. C’est comprendre que le génie n’a jamais été rare chez les femmes : c’est la reconnaissance qui l’a été.
Et bonne nouvelle : la reconnaissance, cela se fabrique. Ensemble.

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