Les exploratrices et aventurières méconnues qui ont parcouru le globe
# Les exploratrices et aventurières méconnues qui ont parcouru le globe
Quand on pense aux grands explorateurs, les mêmes noms surgissent souvent : Marco Polo, Magellan, Livingstone, Amundsen… Mais où sont les femmes dans cette grande carte des découvertes ? Étaient-elles absentes des routes maritimes, des montagnes, des déserts et des forêts ? Bien sûr que non. Elles y étaient. Parfois déguisées, parfois seules, souvent sous-estimées, presque toujours contraintes de justifier leur audace.
Redécouvrons quelques-unes de ces voyageuses qui ont traversé les continents, défié les conventions et prouvé qu’un passeport pour l’aventure n’a jamais eu de genre.
## Jeanne Baret, première femme autour du monde… déguisée en homme
Imaginez : nous sommes au XVIIIᵉ siècle. Les femmes sont interdites à bord des navires de la Marine française. Pourtant, en 1766, Jeanne Baret embarque sur l’expédition de Bougainville. Comment ? En se faisant passer pour un homme, sous le nom de “Jean Baret”.
Jeanne n’est pas une simple passagère clandestine : elle est botaniste. Aux côtés de Philibert Commerson, elle collecte et identifie des plantes venues de l’autre bout du monde. On lui attribue notamment la participation à la découverte du bougainvillier, cette plante flamboyante que l’on croise aujourd’hui sur les façades méditerranéennes.
Son tour du monde ne fut pas un voyage de plaisance. C’était une épreuve, physique et sociale. Découverte, débarquée, oubliée pendant longtemps par l’histoire officielle, Jeanne Baret est pourtant considérée comme la première femme à avoir accompli une circumnavigation complète du globe. Une question se pose : combien de Jeanne Baret l’histoire a-t-elle laissées dans l’ombre ?
## Ida Pfeiffer, la grand-mère qui partit autour du monde
À une époque où voyager seule était jugé inconvenant pour une femme, Ida Pfeiffer décide, à 45 ans, veuve et mère de deux enfants déjà grands, de partir voir le monde. Pas en salon confortable, non. Elle voyage avec peu d’argent, dort où elle peut, affronte les tempêtes, les maladies, les insectes, les jungles et les regards soupçonneux.
Née à Vienne en 1797, Ida Pfeiffer accomplit deux tours du monde et visite notamment le Brésil, la Chine, l’Inde, Madagascar, l’Islande et la Polynésie. Elle écrit des récits très populaires à son époque, mais les sociétés savantes refusent longtemps de la prendre au sérieux. Pourquoi ? Parce qu’elle est une femme, et qu’une femme, pensait-on alors, ne pouvait pas être une “vraie” exploratrice.
Son histoire est savoureuse : Ida Pfeiffer n’avait ni fortune immense, ni équipage prestigieux. Elle avait mieux : une curiosité infatigable. Elle observait tout, notait tout, comparait les coutumes, les paysages, les manières de vivre. En somme, elle faisait œuvre d’ethnographe avant que le mot ne soit largement connu.
## Mary Kingsley, en jupe dans la forêt équatoriale
Mary Kingsley est l’une de ces figures que l’on aimerait voir dans davantage de manuels scolaires. Anglaise, née en 1862, elle part en Afrique de l’Ouest après la mort de ses parents. Jusque-là, sa vie avait surtout été consacrée aux soins domestiques. Puis, soudain, elle s’offre une liberté immense : le voyage.
Elle explore notamment le Gabon et le Cameroun, remonte des fleuves, collecte des poissons pour le British Museum et étudie les cultures locales avec une attention rare pour son époque. Là où beaucoup d’Européens regardaient l’Afrique à travers des préjugés coloniaux, Mary Kingsley tente de comprendre les sociétés qu’elle rencontre.
L’anecdote est célèbre : elle voyageait en tenue victorienne, c’est-à-dire avec robe longue et jupons. Un jour, elle tombe dans une fosse garnie de pieux. Ses épais vêtements lui sauvent la vie. Comme quoi, la mode victorienne pouvait avoir des usages inattendus !
## Nellie Bly, le tour du monde en moins de 80 jours
Vous connaissez peut-être Phileas Fogg, le héros fictif de Jules Verne. Mais connaissez-vous Nellie Bly, la journaliste qui a voulu faire mieux que lui ?
En 1889, cette Américaine de 25 ans se lance dans un défi fou : faire le tour du monde en moins de 80 jours. Elle part seule, avec un petit sac pour tout bagage. Pas de malle gigantesque, pas de domestique, pas de plan très confortable. Elle traverse l’Europe, l’Égypte, Ceylan, Singapour, Hong Kong, le Japon, puis revient aux États-Unis.
Résultat ? 72 jours, 6 heures, 11 minutes et 14 secondes. Nellie Bly devient une célébrité internationale. Mais elle n’est pas seulement une aventurière : c’est aussi une pionnière du journalisme d’investigation. Elle s’était auparavant fait interner volontairement dans un asile pour dénoncer les mauvais traitements infligés aux patientes. Chez elle, l’aventure n’est jamais gratuite : elle sert à révéler le monde.
## Alexandra David-Néel, l’appel du Tibet
Plus connue que les précédentes, Alexandra David-Néel mérite pourtant d’être sans cesse redécouverte. Née en 1868, elle fut cantatrice, journaliste, orientaliste, bouddhiste, exploratrice et écrivaine. Une vie entière semble à peine suffisante pour contenir toutes ses identités.
Son exploit le plus célèbre ? Être entrée à Lhassa en 1924, alors interdite aux étrangers, déguisée en mendiante tibétaine. Elle avait alors 55 ans. Avec son fils adoptif, le jeune lama Yongden, elle traverse des régions glaciales, affronte la faim, le froid, la surveillance, et rapporte de ses voyages des textes qui fascinent encore.
Ce qui frappe chez elle, ce n’est pas seulement l’exploit géographique. C’est la quête intérieure. Alexandra David-Néel ne voyage pas pour “cocher” des pays sur une liste, mais pour comprendre, apprendre, se transformer.
## Pourquoi les a-t-on oubliées ?
La réponse est simple, et un peu dérangeante : l’histoire a longtemps été écrite par des hommes, pour célébrer des exploits masculins. Les femmes voyageuses étaient souvent considérées comme des exceptions, des originales, voire des scandales ambulants. Lorsqu’elles réussissaient, on minimisait leur mérite. Lorsqu’elles écrivaient, on classait leurs récits dans la “curiosité” plutôt que dans la science ou l’exploration.
Pourtant, ces femmes ont observé, cartographié, collecté, témoigné. Elles ont rapporté des plantes, des récits, des objets, des connaissances. Elles ont aussi posé une question essentielle : qui a le droit de partir ?
La leçon est belle : explorer, ce n’est pas seulement planter un drapeau ou donner son nom à une montagne. Explorer, c’est regarder autrement. C’est oser franchir une frontière, parfois géographique, parfois sociale, parfois intime.
Alors, la prochaine fois que vous verrez une carte du monde, pensez à Jeanne, Ida, Mary, Nellie, Alexandra et toutes les autres. Elles n’ont pas seulement parcouru le globe : elles ont agrandi l’horizon de celles et ceux qui venaient après elles.
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