Le film documentaire “Les femmes et le numérique” – 3 réalisatrices à suivre

femme cinéma
juillet 25, 2026

# Le film documentaire “Les femmes et le numérique” – 3 réalisatrices à suivre

Et si l’histoire du numérique n’était pas seulement une affaire de génies en sweat à capuche, de garages californiens et de lignes de code tapées à minuit ? Et si, derrière les machines, les algorithmes et les révolutions technologiques, il y avait aussi des pionnières oubliées, des chercheuses visionnaires, des entrepreneuses tenaces, des femmes qui ont pensé — et parfois réparé — le futur ?

C’est tout l’intérêt des documentaires consacrés aux femmes et au numérique : ils nous invitent à regarder autrement un univers que l’on imagine souvent neutre, technique, presque abstrait. Or le numérique n’est jamais neutre. Il est fabriqué par des humains, avec leurs idées, leurs angles morts, leurs rêves… et leurs préjugés.

Alors, pour apprendre en se faisant plaisir, voici trois réalisatrices à suivre. Trois regards pour comprendre comment les femmes ont marqué, interrogé et bousculé le monde numérique.

## 1. Shalini Kantayya : quand l’intelligence artificielle révèle nos biais

Avec **“Coded Bias”**, la réalisatrice américaine **Shalini Kantayya** signe un documentaire passionnant sur l’intelligence artificielle et les discriminations invisibles. Le point de départ ressemble presque à une scène de science-fiction : Joy Buolamwini, chercheuse au MIT, découvre que certains logiciels de reconnaissance faciale identifient très mal les visages noirs, et encore plus mal ceux des femmes noires. Pour être reconnue par la machine, elle doit parfois porter un masque blanc.

Drôle ? Un peu. Inquiétant ? Beaucoup.

Le film montre que les algorithmes ne tombent pas du ciel. Ils apprennent à partir de données produites par nos sociétés. Si ces données sont biaisées, la machine risque de l’être aussi. Autrement dit : l’intelligence artificielle peut reproduire les inégalités du monde réel, mais avec l’aura trompeuse de l’objectivité scientifique.

Shalini Kantayya a le talent de transformer un sujet complexe en enquête limpide. Elle nous fait comprendre que la technologie n’est pas seulement une affaire d’ingénieurs : c’est aussi une question démocratique. Qui programme ? Qui est représenté ? Qui est surveillé ? Qui décide ?

À travers son film, on redécouvre une idée essentielle : les femmes ne sont pas seulement des utilisatrices du numérique. Elles en sont aussi les critiques, les inventrices, les vigies.

## 2. Robin Hauser : pourquoi les femmes ont-elles disparu de l’informatique ?

La réalisatrice **Robin Hauser** s’est penchée sur une question simple, presque naïve : pourquoi y a-t-il si peu de femmes dans la tech ? Son documentaire **“CODE: Debugging the Gender Gap”** explore le manque de diversité dans l’informatique, notamment aux États-Unis.

Et là, surprise : l’histoire nous rappelle que les femmes étaient très présentes aux débuts de la programmation. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les calculs étaient souvent confiés à des femmes. Plus tard, les programmeuses de l’ENIAC, l’un des premiers ordinateurs électroniques, ont longtemps été éclipsées par les hommes qui avaient construit la machine. Elles programmaient pourtant sans manuel, en comprenant l’architecture de l’ordinateur presque comme on apprendrait une langue inconnue.

Autre anecdote savoureuse : **Grace Hopper**, pionnière de l’informatique, popularise le terme “bug” après qu’un insecte — un vrai papillon de nuit ! — a été retrouvé dans un ordinateur en panne. Elle disait aussi qu’il valait parfois mieux “demander pardon que demander la permission”. Une phrase qui pourrait servir de devise à toutes les innovatrices empêchées par des portes fermées.

Robin Hauser montre que l’absence des femmes dans le numérique n’a rien de naturel. Elle est le résultat de stéréotypes, d’orientations scolaires, de cultures d’entreprise, d’images répétées. Si l’on raconte toujours que l’informaticien est un homme solitaire, penché sur son clavier, combien de jeunes filles oseront s’imaginer à sa place ?

Son documentaire a donc une vertu précieuse : il “débogue” notre imaginaire.

## 3. Nora Poggi : entreprendre au féminin dans la Silicon Valley

Avec **“She Started It”**, co-réalisé avec Insiyah Saeed, **Nora Poggi** suit plusieurs jeunes femmes entrepreneuses dans l’univers des start-up. Ici, pas de cours magistral : on entre dans le quotidien de femmes qui lèvent des fonds, pitchent leurs idées, doutent, recommencent, affrontent les remarques condescendantes et les salles où elles sont parfois les seules femmes.

Le documentaire pose une question très concrète : qui finance le futur ? Car avoir une idée ne suffit pas. Encore faut-il être écoutée, crue, soutenue. Or les femmes fondatrices de start-up reçoivent encore une part très minoritaire des investissements. Le film montre cette réalité sans misérabilisme, avec énergie, humour et lucidité.

Ce qui frappe, c’est la force narrative de ces parcours. On découvre que l’innovation n’est pas seulement une affaire d’application mobile ou de “business model”. C’est aussi une aventure humaine : apprendre à parler fort quand on vous coupe la parole, rester debout après un refus, construire un réseau quand les anciens cercles vous excluent.

Nora Poggi filme des femmes qui ne demandent pas la permission d’exister dans la tech. Elles y sont déjà.

## Redécouvrir les femmes du numérique, c’est réécrire le futur

Ces documentaires ont un point commun : ils ne se contentent pas de célébrer quelques héroïnes. Ils nous apprennent à poser de meilleures questions.

Qui a été oublié dans les manuels ? Pourquoi Ada Lovelace, qui imagina dès le XIXe siècle ce qu’une machine pouvait faire au-delà du simple calcul, reste-t-elle moins connue que bien des inventeurs ? Pourquoi Hedy Lamarr, actrice hollywoodienne et co-inventrice d’un système de communication par étalement de spectre, a-t-elle longtemps été réduite à sa beauté ? Pourquoi les algorithmes, que l’on croit froids, peuvent-ils être si humains dans leurs erreurs ?

Regarder ces films, c’est comprendre que le numérique a une histoire, des visages, des batailles. Et surtout, c’est se rappeler que le savoir peut être joyeux. On peut apprendre en s’étonnant, en s’indignant, en souriant devant une anecdote, en découvrant une pionnière que l’on aurait voulu connaître plus tôt.

Alors, la prochaine fois que l’on vous dira que “les femmes et la tech, c’est récent”, vous aurez de quoi répondre : non, elles étaient là depuis le début. Il suffit maintenant de mieux les regarder.